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Jusqu'au bout de la nuit

Courir 81 km entre Saint-Étienne et Lyon
Par 
Candice Poitrey

Depuis quelques années, Alex écrit une thèse sur le couplage multi-modèles en dynamique rapide pour l'interaction fluide-structure. Ça vous donne envie de partir en courant ? Parfois, lui aussi. Cette année, pour la deuxième fois, il a suivi le mythique tracé de la "Saintélyon" pour se mettre 81 kilomètres de course nocturne dans ses mollets. L'occasion de se rapprocher des autres et de lui-même.

Une belle bande d'illuminés - © Saintélyon
Saint-Étienne + Lyon = SAINTÉLYON

En 1951, des cyclotouristes se sont dit que ça pourrait être rigolo de rallier Saint-Étienne à Lyon de nuit en plein mois de décembre, en courant. Ils se sont tellement bidonnés qu'ils ne se sont pas arrêté depuis 65 ans ! La course a lieu chaque année et fédère aussi bien les coureurs aguerris que les joggeurs du dimanche. De minuit à midi, pour 12 ou 81 kilomètres, tout le monde court All night long 🎶. Cette année, l'objectif d'Alex est d'arriver jusqu'au bout sans rien casser.

 
« La première fois que j'ai fait la course, j'avais juste envie de cocher une case de ma To Do. Cette année, je voulais en profiter et me sentir bien. » Alex
ICI ET MAINTENANT

Au bout de quelques kilomètres, Alex réalise que cette course l'aide à se rappeler comme il est bon de s'inscrire dans le présent plutôt que de se projeter dans les affres parfois miteux du futur. Courir se transforme en acte méditatif de haute intensité !

 

Lorsque l'on court éclairé à la frontale, la visibilité est limitée au spectre de la lampe, sur 5 ou 10 mètres. On ne voit pas le prochain virage ou la prochaine montée, chaque mètre est appréhendé pour lui-même. Le manque d'horizon est une invitation à se plonger dans l'instant et accueillir ce qui se présente à soi, tout de suite, sans sur-anticiper.

Radio Saintélyon

Sur le parcours, on se croirait sur une station de radio. Il y a ceux qui proposent un programme musical en chantant à tue-tête. Ceux qui colportent des gossips -  "il y a un mec à 500 mètres qui a vomi". Il y a ces coureurs qui se prennent pour Infotrafic et ne manquent pas de prévenir de la présence d'une branche ou d'un caillou. Ceux qui animent un programme à la Rires et Chansons en répétant la même blague sur 81 km : « Mais pourquoi est-ce qu'on court ? Mais parce qu'on a payé ! ». Et enfin, les meilleurs, ceux qui s'encouragent à coup de « On n'est pas fatigué » ou « C'est bientôt fini ! ».

« Le meilleur sur la Saintélyon, c'est de se retourner pour admirer le serpent lumineux laissé par la trace des coureurs. » Alex
"Toujours laisser une belle trace de son passage" © Baptiste Michel
SANS MONTRE, À CENT POUR CENT

Sur cette course, Alex a choisi de ne pas porter de montre. Il laisse aux gladiateurs du chrono le plaisir d'avoir les yeux rivés sur leur cadran et d'arriver avant leur trotteuse. Étrangement, n'avoir aucune vision sur le temps et l'espace l'aide à appréhender sa course avec sérénité. Il a mis son portable dans son sac, ne le regarde jamais, mais se délecte du son qu'il émet quand il reçoit des textos. À cette heure, il sait que s'il reçoit quelque chose, c'est un encouragement de ses proches. Et ça, ça suffit à le porter.

 
Ce qu'on veut maintenant VS. ce qu'on veut vraiment

Les derniers kilomètres de la course sont difficiles. Au-delà de l'épuisement, le jour se lève. Avec lui, l'horizon qui s'étale et les notions de temps et d'espace qui se réaniment. Tout s'agite et pourrait donner à Alex l'envie de s'arrêter. Il sait que l'abandon, c'est comme la procrastination. C'est s'écouter maintenant au détriment de ce que l'on veut vraiment. Alors, plutôt que d'activer ses sens sur la projection des kilomètres à venir, il se recentre sur le son des SMS qu'il reçoit. Il ne pense qu'à une chose : arriver à Lyon, lever les bras  au ciel et se jeter dans les bras de son père.

« J'veux pas dormir. Je cherche un peu de chaleur à mettre dans mon cœur. Ils m'entraînent au bout de la nuit, les démons de minuit. M'entraînent jusqu'à l'insomnie, les fantômes de l'ennui. » EMILE & IMAGES

B.A.Q - Bringue aux Questions

C’est où ?

- 81 km de Saint-Étienne et Lyon, via les crêtes des Monts du Lyonnais. 

- Vous n'êtes pas obligés de réaliser le parcours en entier. Vous pouvez en parcourir la moitié, un tiers, voire "seulement" un quart, en réalisant la course en relais à deux, trois ou quatre. Il existe de multiples formats aux intitulés délirants comme la SaintExpress sur 44 km, la SaintéSprint sur 22 km, ou la Saintétic 😂 sur 12 km.

Rollercoaster - © Saintélyon
Comment y aller ?

- Si vous êtes plus près de Saint-Étienne : allez à Saint-Étienne. 

- Sinon, rendez-vous à Lyon. Des navettes sont ensuite organisées pour vous conduire jusqu'au point de départ.

Quand y aller ?

- Tous les ans, le premier week-end du mois de décembre. 

- Le départ se fait à minuit, puis vous disposez ensuite de 16h30 max pour arriver jusqu'à Lyon.

Comment s’équiper ?
Chez Chilowé, on est très "coeur avec les coudes". Alex (à gauche) et son cousin Baptiste (à droite), sont plutôt "81 avec les doigts".

- Un moule-bite

- Un T-shirt technique qui encaisse bien le froid 

- Une lampe frontale

- Un K-Way (pour la pluie ou  la neige)

- Un cache-nez

- Un gilet porte-gourde plutôt qu'un camelbak si vous ne voulez pas être coupé.e dans votre effort en prenant trop de temps pour les refill en eau.

- Des chaussures de trail (pas complètement imperméables sinon ça ne respire pas et ça fait des ampoules).

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