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C’est ton DÉ-stin !

Et si on laissait les dés choisir le programme du week-end ?
Par 
Jules à la Bougeotte

Un lundi soir entre potes dans un salon. Une envie collective de puff et de génépi nous réunit pour décider du spot du week-end. Quelques bouteilles de vin, un peu de Google… et surtout beaucoup d’excuses : « trop loin », « trop compliqué », « trop cher », « non mais vous avez vu la météo de samedi dans les Pyrénées !? Ça pluie ! ».

Jeu de dés - voyage
Dé-tour par la mer © Jules à la Bougeotte

Soudain, les ampoules du salon commencent à clignoter. L’atmosphère s’électrise. Un violent courant d’air fait exploser la porte du salon. On sent comme un souffle qui pénètre la pièce et nous caresse, nous murmure des sons lointains, incompréhensibles qui semblent n’être qu’une consonne, le D.

 

Put*in Gérard Majax t’es pas drôle là ! Et ma coloc Marielle qui sort tout à coup cette phrase improbable :

« D ? Et si on laissait les dés choisir ce qu’on va faire de notre week-end ? »

Banco, Géronimo, Jeannie Longo. C’est comme ça que je me suis retrouvé chez le loueur de voiture un vendredi soir à 18h, une paire de dés dans les mains. Seule Marielle a assumé son idée, les autres se sont défilés. Notre seul objectif est de ne prendre aucune décision, de laisser les dés le faire pour nous. Les spots, la bouffe, les activités : notre d(és)tin dans est entre leur mains (et en même temps eux ils sont dans les nôtres… va comprendre).

 

Quelques règles quand même :

1) En cas de question, les chiffres paires indiquent un oui, impaires un non. Chacun tire un dé : tant qu’on n’a pas deux pairs ou deux impairs, on tire à nouveau.

«Le collectif les gars, le collectif !» Aimée Jacquet, juillet 2014

2) Si on cherche à prendre une direction, on définit des chiffres pour chaque point cardinaux. Par exemple, 1 et 2 pour le nord, 3 et 4 pour l’ouest, 5 et 6 pour le sud. On limite à 2h tout trajet, l’objectif n’est pas de passer 48h enfermés dans une caisse.

Jeu de dés - organiser un voyage
Dé-tour par la montagne © Jules à la Bougeotte

3) Pour la bouffe, on numérote les plats de la carte ou du menu et on tire les dés. Pour le logement, soit on va sur un site qui propose un classement, soit on en choisit 6 ou 12. Les dés éliminent progressivement les candidats.

« Cash direct les gars, on nait plus en face de poule »    Franck Ribéry, juin 2010

Premier lancé. Double 6. Direction Sud. On regarde la carte. Depuis Barcelone où nous nous trouvons, le delta de l’Ebre (principal fleuve espagnol) sera notre première destination. Coordonnées entrées dans le GPS, nous voilà partis.

 

Une heure plus tard, on s’arrête dans une supérette pour manger un morceau. On sélectionne 6 articles, le 4 et le 1 sortent : je repars avec des bonbons et des chips.

On arrive une heure et demie plus tard au delta. On va au bout de l’itinéraire GPS qui nous plante au milieu d’un champs de terre. Nuit noire. Ambiance idéale pour tirer notre logement. On se retrouve dans un petit hôtel où les dés nous offrent un délicieux riz noir. Magique.  Le lendemain, on longe la mer à vélo en regardant les kites. Au retour de la balade, on affronte un vent de face.

Kite surf, jouer son week-end aux dés
Kitéchisme © Tim Mossholder
« En danseuse, on se met à rêver d’un moteur qui ferait Froom Froom. »

Puis les dès nous amènent à un spot de dingue où l’on contemple le coucher de soleil, une bière à la main. Un nouveau lancé et on se dirige vers les montagnes, dans le Parc Natural de la Tinença de Benifassa, un petit village du nom de La Pobla de Benifassa. Moment d’échange incroyable dans le seul restaurant du hameau avec le couple qui tient l’établissement avec ses… 7 enfants. Réveil dans la montagne. Village de pierre. Randonnée. Je suis un enfant. Emerveillé. La marche de 5h est magnifique. Elle alterne forêts et rochers et nous offrent de chouettes points de vue.

Parc Natural de la Tinença de Benifassa
Réveil dans la montagne © Jules à la Bougeotte

On termine avec de la lumière dans les yeux et un grand creux dans l’estomac. A l’entrée du restaurant, je découvre une sorte de grand barbecue où je vois griller toutes les pièces de viande fantasmées. Je suis sur le point d’en commander une quand mon acolyte (elle est bretonne) me ramène à notre réalité : les dés.

Je tire un plat dont je ne comprends pas le nom et au moment où je commande le serveur me demande si je suis certain de vouloir celui-ci. Moi non, mais les dés oui ! Alors je confirme.

Peut-être que lorsque tu étais enfant tu as espéré qu’à Noël ta tante t’offre ce magnifique camion en Lego que tu mettrais tant de temps et de plaisir à construire mais qu’à la place, tu as reçu un pull en laine dont la biche tricotée dessus ressemble plutôt à un hibou.

« Tu comprendras ce que j’ai ressenti lorsque j’ai vu arriver mon assiette de pieds de porc. »

Aujourd’hui, ce moment est mon meilleur souvenir de ce week-end et je trouve qu’il le conclue parfaitement. Nous sommes rentrés peu après le repas, accompagnés par un coucher de soleil rougeoyant et de quelques karaokés radiophoniques.

Désormais, mes dés ne me quittent plus. Lorsque je ressens que la routine prend trop de place, je les ressors et je les jette. Rentrer par un autre chemin, goûter un plat étrange, tester une nouvelle activité. Pas besoin d’aller bien loin, l’aventure commence juste là.  Alors, dés brêt ?

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