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Retour à l’essentiel

La traversée du GR20 hors-saison en 11 jours
Par 
Vianney d'Anglejan

Dans la vie, les moments où des congés arrivent sans prévenir sont rares. Pour moi, ça s’est passé fin octobre 2015, alors que j’étais en pleine transition professionnelle. Réaliser « un petit quelque chose qui me grandirait », de l’aventure et des paysages, voilà ce dont j’avais besoin. Alors pourquoi pas le GR20 ?

Sur les routes du GR20 en Corse
Pourquoi pas le GR20 ? © Vianney d’Anglejan

Accompagné du strict minimum, cette aventure représente l’occasion rêvée de revenir à l’essentiel. Une opportunité inespérée de me couper (un temps) d’un rythme trépidant et excitant qui semble quelque fois me dépasser. Je m’imagine alors là-haut pendant 15 jours, seul, tel un funambule évoluant sur les cimes rocailleuses, ayant le privilège rare d’être entièrement coupé du monde - du monde d’en bas. Car oui, il n’y a pas de réseau sur la majorité du tracé !

Refuge sur le GR20
Pourquoi pas hors saison ? © Vianney d’Anglejan
« Sentir les minutes et les heures passer plutôt que de voir les années défiler. » Vianney d'Anglejan

Le GR20 qui coupe d’un trait de crayon la Corse en deux a acquis la réputation d’une des randonnées les plus rudes d’Europe. Trop souvent perçue comme une histoire de chiffres, de kilomètres avalés ou encore de records battus, je ne perçois pas cette odyssée sous cet angle. Je préfère la considérer avant tout comme la possibilité d’une liberté retrouvée. La liberté de prendre le temps de marcher, de regarder, de m’émerveiller, d’ouvrir mes sens à la diversité qui m’entoure, de sentir les minutes et les heures passer plutôt que de voir les années défiler.

Sur les hauteurs du GR20
Sommets ou nuages ? © Vianney d’Anglejan

J’ai décidé de partir totalement hors saison, quasiment à l’entrée des caprices de l’hiver. Moins de temps passé en haute montagne, c’est me donner plus de chance de ne pas me retrouver dans des conditions météo délicates.

« La montagne nous offre le décor, à nous d’inventer l’histoire qui va avec. » Gaston Rebuffat

Ça y est je suis lancé : 11 jours sur place, pas un de plus, je ne me laisse aucune marge. Le défi devra passer par là : doubler de nombreuses étapes et respecter scrupuleusement mon carnet de route. 9 heures de marche en moyenne tous les jours, 1000 mètres de dénivelé à grimper puis à descendre. Le plaisir de la vie c’est aussi ça : réaliser des choses dont on pourrait penser être incapable.

Entre lacs et montagnes sur le GR 20 en Corse
Moment d'émerveillement © Vianney d’Anglejan

Marcher seul sur une si longue période est nouveau pour moi. J’aime la montagne car elle a ce pouvoir d’offrir à chacun des moments d’émerveillement. Rien de plus agréable que de les partager avec les autres, en tout cas avec ceux que j’aime. Cette fois je devrai m’en passer.

La principale recommandation pour une longue randonnée, c’est de partir léger. Le confort dans ce cas réside, à certes ne pas oublier le nécessaire, mais avant tout de ne pas s’encombrer du superflu. Les refuges étant non gardés, Vizzavona, unique village croisé et situé à mi parcours fut pour moi la seule occasion de me ravitailler.

Je suis donc parti avec un caddie de 6 jours de nourriture sur le dos. En faisant mon sac, j’avais l’obsession de l’élément à évincer. On pourrait y lire les mots de Saint Exupéry « ll semble que la perfection soit atteinte non quand il n’y a plus rien à ajouter mais quand il n’y a plus rien à retrancher ». Trouver la bonne recette qui consiste à faire beaucoup avec très peu, une belle réflexion qui va à contre courant de ce qu’on vit pour la plupart au quotidien.

Cairn sur le sentier du GR20
Cairn mystique © Vianney d’Anglejan
« Si tu n’arrives pas à penser, marche ; si tu penses trop, marche ; si tu penses mal, marche encore » Jean Giono
Balise sur le GR20 en Corse
Mots fléchés © Vianney d’Anglejan

A cette saison les refuges sont ouverts mais comme évoqué plus haut, ils sont non gardés. Chaque fin de journée a le même rituel mais pas le même décor. Après une journée entière à marcher, je découvre mon refuge du soir et autant vous dire que peu importe sa vétusté, je lui accorde toujours autant d’étoiles que celles qui scintillent au dessus de ma tête à la nuit tombée. C’est à dire beaucoup. J’allume le poêle à bois. Je regarde les montagnes s’endormir puis finalement je m’endors avec elles. Le ciel comme couverture, la terre comme oreiller.

La journée, mes rêves du soir deviennent réalité. Les paysages sont époustouflants. Je marche sans fin, la Corse apparaît comme une ile déconcertante où le ciel fatigué d’être bleu s’allonge sur les montagnes. La lenteur de la marche, sa régularité, ce simple fait de poser un pied devant l’autre qui permet pourtant de rattacher le corps à l’esprit. La marche apaise, elle a cette force d’étirer le temps, ce qui nous donne cette étrange impression de vivre plus longtemps.

Coucher de soleil sur le GR20 en Corse
Franchir la ligne orange © Vianney d’Anglejan
Coucher de soleil sur le GR20
Montagnes rouges © Vianney d’Anglejan

La fatigue augmente au fil des jours, mais pas à pas elle me rapproche un peu plus de la fin. Surtout elle me rend ma liberté.

Ça y est ! Je suis arrivé. Je suis grandi.

Un de mes héros de jeunesse, Gaston Rébuffat a résumé bien des choses avec cette phrase « L’alpiniste est un homme qui conduit son corps là où, un jour, ses yeux ont regardé… » Par chance, mon regard s’est un jour posé sur ces montagnes corses. Fort heureusement, pas besoin d’être alpiniste, mais simple rêveur et marcheur. Nous partageons les mêmes montagnes, nous avons le même décor, alors cette fois à vous d’écrire l’histoire qui va avec !

Les lacs sur le GR20 en Corse
Mon beau miroir © Vianney d’Anglejan

B.A.Q - Bringue Aux Questions

C’est où ?

En Corse.

177 km répartis en 16 étapes.

10 000 mètres de dénivelé positif avec un pic à 2706 m, le Monte Cinto. 

Les points de départ principaux sont Calenza et Conca.

Comment y aller ?

Vous pouvez y aller en bateau ou en avion. 

Pour Calenza : arrivez à l'aéroport ou au port de Calvi.

Pour Conca : arrivez à l'aéroport de Figari ou au port de Porto Vecchio.

Dans les deux cas, il vous faudra trouver une voiture, un train ou un bus pour accéder à vos points de départ. 

Quand y aller ?

Entre juin et Août, les refuges sont gardés. En dehors, ils sont seulement ouverts. 

De façon générale, partez tôt. Plus vous partez tôt, moins vous prenez de risques et plus vous avez le temps de faire des pauses.

En marchant 6h par jour, vous le ferez le GR 20 en 15 jours. 

Comment s’équiper ?

Ayez un sac à dos léger. Vous marcherez plus de 6 heures par jour, le poids n’est pas votre ami. Emportez beaucoup d’eau. Au moins 2 litres par jour.

Suggestion d’itinéraire

Ces deux liens vous permettront de préparer dans le détail votre GR20 :

- Le GR20 Corse

- A travers la montagne corse

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