Partager

Entre chien et loup

Aller courir la nuit
Par 
Thibault Liebenguth

Crapahuter dans les bois, sautiller dans les herbes hautes, grimper sur le dos des montagnes. C’est aussi simple que ça la microaventure ! Mais avez-vous déjà tenté l’expérience une fois la nuit tombée ? C’est une toute autre histoire…

L'heure d'aller courir - ou d'emballer. (c) Thibault Liebenguth

Vous partez pour une petite course, frais comme un gardon pour vous changer les idées, après une journée de boulot à supporter Roger de la compta (no offence Roger). Mais tout à coup, quelque chose cloche : vos yeux - habitués à la lumière bleue des écrans - doivent s’adapter à l’heure bleue, cette période entre le jour et la nuit où le ciel devient de plus en plus foncé.

T'as pas vu ma chaussette droite ? (c) Jérémie Villet

Dans la forêt ou dans le parc, les odeurs et les bruits ont changé. Votre ouïe s’affûte : le bruit de la ville a diminué, certains oiseaux vont se coucher, on entend les branches craquer et le vent souffler dans les feuilles. Votre vue s’aiguise pour vous éviter une racine récalcitrante ou une déjection canine moelleuse.

Vos pieds, votre peau et même votre langue vous envoient des signaux, comme quand ce foutu papillon s’engouffre dans votre bouche après avoir pris votre frontale pour un réverbère ! Ça fait du bien de se sentir éveillé à ce point. Tout comme un lever de soleil en pleine nature, une course de nuit est un concentré de sensations et d’énergie.

N'oubliez pas la petite claque au cul des vaches au passage - (c) Thibault Liebenguth

Parfois, on laisse des mythes, des légendes urbaines ou simplement l’actualité venir pimenter ou parasiter l’expérience. Des histoires de loups, de sorcières, de clowns tueurs ou de kidnappeurs de quartier. Pas facile de courir en regardant derrière soi tous les 10 mètres ! Mettez ça de côté, ça n’arrive que dans les films. Lâchez prise et continuer à courir en regardant devant vous.

Car pour avancer de nuit dans cette forêt que vous connaissez si bien le jour, il vous faudra faire appel à l’ensemble de vos sens et à un peu de technique. Courir à la lumière d’une frontale est en soi toute une expérience. Votre vue, habituée à voir à plus de 180°, est tout à coup limitée à un étroit faisceau de quelques mètres. Un peu comme un cheval myope avec des oeillères !

Moi, à part le gaz y'a pas grand chose qui m'intéresse -  (c) Thibault Liebenguth

SI vous êtes en forêt, les mammifères (chevreuils, sangliers, cerfs etc.) y sont les plus actifs à l'aube et au crépuscule, et sont susceptibles de vous surprendre pendant votre course. En plus, ils choisissent toujours le moment où vous êtes plongé dans vos pensées pour surgir et traverser le chemin ! Vous l’aurez, votre entraînement cardio.

Attention aussi, car nuit est synonyme de fermeture de barrière et il est facile de se laisser enfermer dans un parc ou de se trouver devant une grille avec les horaires de fermetures écrites en rouge. Diantre on a changé d’heure. Un bon détour, quelques kilomètres en plus, la découverte d’un chemin inconnu, seul et de nuit. Finalement, il n’y a rien de mieux que quelques galères pour vivre ces aventures à 100%.

Il y a ceux qui courent et il y a ceux qui prennent le temps de faire les zozos - (c) Thibault Liebenguth

Une fois rentré au bercail, couvert de boue, les genoux tuméfiés par les racines et la frontale en fin de batterie, vous vous sentez grandi, fier comme un explorateur qui revient d’une expédition hors du commun. 

Pourtant c’était là, derrière chez vous depuis toujours, mais d’habitude il ne faisait pas nuit.

Allez hop, à la douche !

Nos derniers articles