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Highway to Compostelle

1500 km à pied, ça use, ça use…
Par 
Augustin Baule

Mais pourquoi as-tu fait ça ? C’est la question qu’on me pose le plus souvent. Et c’est aussi la question que je me suis posé tous les matins avant d’attaquer une nouvelle journée de marche… 

Camino Francès randonée
Pourquoi ? © Jorge Luis Ojeda Flota

Difficile d’y répondre, mais une chose est sûre, le « Chemin » comme on l’appelle, reste l’une des expériences les plus marquantes de ma jeune vie de trentenaire !

Pour la partie française, j’ai choisi la voie du Puy (750km) car c’est l’itinéraire avec la plus grande variété de paysages et les meilleurs hébergements. S’il n’est pas l’itinéraire « reconnu » des historiens, il est tout de même chargé d’histoire ! Sur le plateau de l’Aubrac, j’imaginais les colonnes de soldats romains marchant avec leurs bardas bien plus lourds que le mien. Même chose en traversant Conques, la vallée du Célé et le Quercy…

Chemin de compostelle à pied
La voie du Puy-en-Velay © Augustin Baule
« Mon pied droit est jaloux de mon pied gauche. Quand l’un avance, l’autre veut le dépasser. Et moi, comme un imbécile, je marche ! » Raymond Devos

Pour beaucoup, ce parcours a une image vieillotte et désuète. Pourtant, le nombre de pèlerins ne cesse d’augmenter d’année en année. Ils viennent de France, d’Espagne, l’Irlande, d’Allemagne, de Pologne mais aussi de plus loin (Corée du Sud, Nouvelle-Zélande, Argentine…) et ont entre quelques mois pour les plus jeunes et 90 ans pour les plus vieux ! De plus, il réunit tous les ingrédients d’une belle aventure : Efforts, douleur, rencontres, solidarité, retour aux besoins primaires…

Des rencontres sur le chemin de compostelle
‍Jöan — Il a fait Le Puy-en-Velay à Roncevaux (780km) en 30 jours. © Augustin Baule

S’il est possible de s’arrêter où l’on veut et de rentrer chez soi, rares sont les abandons. Comme Joséphine, une amie photographe, qui marchait avec une fracture au pied, refusant d’abandonner avant la fin. Même pas mal ! En même temps, dur de renoncer aux Aligot-saucisses, lentilles du Puy et cochonnailles en tout genre, qui changent des sandwichs sans mayo et de la nourriture industrielle de supermarché.

Compostelle depuis le Puy en Velay
Joséphine , Camino en 30 jours © Augustin Baule

Plutôt que de décrire les paysages et les villes que j’ai pu traverser, j’ai décidé de faire parler ceux avec qui j’ai partagé un bout de chemin. Ils viennent d’un peu partout en Europe mais ils ont au moins un point commun : « Le Chemin ».

Ok c’est bien beau, mais pourquoi ?

Jöan : Cela faisait des années que j’y pensais. La marche m’a toujours attiré. C’est un tout. L’histoire de ce pèlerinage, le challenge sportif sur une longue durée, mais aussi et surtout le fait de se retirer, de prendre son temps, d’être dans la lenteur, de découvrir un nouveau rythme lié à la nature et aux cycles solaires. C’était un bon moyen de méditer.

Gautier : J’avais du temps. Je voulais faire un voyage seul et en être le « moteur ».

Lucie : C’était mon troisième “camino”. La première fois, je suis venue chercher une aventure différente mais j’ai rapidement réalisé qu’il y avait quelque chose de plus fort dans tout ça. La façon naturelle de rencontrer et de parler aux gens. Les barrières physiques et mentales que tu franchis, les hauts et les bas que tu traverses en permanence. La douleur indescriptible, la chaleur, le froid, la colère, la soif…

Les flèches sur le chemin de compostelle
Brigitta, sur le chemin © Augustin Baule
« Cela va être très difficile et parfois vous ne verrez pas le bout, mais croyez-moi, cela en vaut la peine ! » Brigitta

Souvenirs, souvenirs

Jöan : J’ai découvert le bonheur sur le Chemin. Je marchais, l’air doux et chaud caressait mon visage, le Soleil irradiait, les champs m’entouraient, j’approchais des Pyrénées et je me sentais bien. Ce sentiment puissant de plénitude, je l’ai ressenti de nombreuses fois. ’y ai expérimenté le voyage sans argent mais surtout j’ai pris confiance en l’humain, à sa capacité à offrir. Le lien de l’argent ne comptait plus. Seul comptait le partage d’énergie, de rires, de sourires, d’histoires de vie…

Joséphine : La traversée de l’Aubrac : pour ses paysages lunaires et les efforts physiques qu’elle a nécessité. Une soirée à Fonteilles chez Jean-Claude et ses mobil homes. La journée de marche avait été très éprouvante et grimper jusqu’à chez lui en fin d’après-midi en pleine chaleur était un vrai effort. En récompense une vue à couper le souffle, un repas hallucinant, foisonnant, partagé avec une quinzaine de pèlerins et du vin illimité…

Point zéro, arrivée à Finisterre - chemin de Compostelle
Gautier, le Camino en 45 jours © Augustin Baule
Ta plus belle rencontre ? 

Raphaël : Michel, adepte de la randonnée naturiste, la « randonnue », capable de marcher des dizaines de kilomètres chaque jour dans le plus simple appareil. Un groupe de copains de 40 à 50 ans, amateurs de bonnes viandes et de bons vins, croisés lors d’un dîner. La vraie bande de potes.

Joséphine Une famille américaine avec cinq enfants, entre 9 et 17 ans, tous adoptés ; la mère marchait avec ses enfants jusqu’à Compostelle, depuis plusieurs semaines déjà. La petite dernière ne laissait personne porter son sac bien qu’il ait été beaucoup trop lourd pour elle. Elle voulait vraiment remplir son rôle de pèlerine jusqu’au bout !

« L’enfant marche joyeux, sans songer au chemin ; il le croit infini, n’en voyant pas la fin. » Alfred de Musset
Arrivée à Santiago de Compostelle
Santiago de Compostelle © Augustin Baule
Un pélerin averti en vaut deux.

Joséphine : Marcher seul au moins une partie du chemin pour découvrir la solitude et regarder autrement autour de soi. Ne pas se fixer d’objectifs de réussite. S’arrêter lorsque les douleurs physiques sont trop importantes (pas comme moi qui suis allée jusqu’à la fracture de fatigue). Se laisser porter par les rencontres, la météo, les envies de chaque jour. Partir assez tôt le matin pour marcher au lever du soleil…

Martin : Un sac léger : je ne déconne pas, très léger ! Après 30 ou 40 kilomètres dans une journée, chaque kilo en trop devient une souffrance. Des bâtons de marche : oui, c’est ridicule mais j’aurais aimé en avoir sur le Chemin. Des boules quiès, si vous n’aimez pas partager votre chambre avec des ronfleurs !

Augustin : Bien choisir son itinéraire et se munir d’un Miam-Miam Dodo.

Des rencontres sur le chemin de compostelle
Augustin , sur le chemin © Augustin Baule

B.A.Q - Bringue Aux Questions

C’est où ?

De multiples points de départ sont possibles. Les plus populaires sont le Puy-en-Velay et Saint-Jean-Pied-de-Port.

Le Camino Francès traverse les terres, tandis que le Camino del Norte passe par la côte atlantique, au nord.

Quand y aller ?

Printemps, Été ou Automne. Les retraités ont une affection particulière pour le Printemps et l'Automne (quand les températures sont plus fraiches). 

Comment s’équiper ?

Votre sac ne doit pas représenter plus de 10% de votre poids. Plus il est léger, mieux c'est.

Un sac à dos, des chaussettes qui respirent bien, des bonnes chaussures de randonnée (des baskets de trail peuvent suffir), un sac de couchage, des sticks, un chapeau, une gourde (1L), de la crème solaire, de la crème Nok et un bon kit de soin pour vos ampoules. 

Où se loger ?

Le chemin est très populaire, vous y trouverez facilement des auberges à toutes vos étapes. Toutefois, si vous avez un petit budget et que vous n'êtes pas très "bivouac", sachez que la portion française vous coûtera davantage que la portion espagnole. Passé la frontière, les nuitées sont à 8/12 euros en Espagne, contre le double, voire le triple en France. 

Presque toutes les auberges disposent d'une cuisine.

Suggestion d’itinéraire

Si le Camino del Norte est réputé plus tranquille (ce n'est pas très vrai), il est aussi plus difficile d'y trouver une auberge. Le chemin traverse toutes les zones touristiques du nord. Il est donc plus rentable de proposer des nuits d'hôtel aux touristes que des auberges à bas prix aux randonneurs. 

Carte du chemin de compostelle depuis la France

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