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Mon premier 4000 à ski

Le Dôme de Neige des Ecrins
Par 
Ferdinand Martinet

Lundi 11 avril. La météo - comme la miss - est bonne, tous les feux sont au vert. C’est parti pour 3 jours de montagne dont 2 nuits en refuge ! Pour cette première, je pars avec Vianney, avec qui j'ai déjà pas mal crapahuter. C’est ma première expérience de « haute-montagne », lui « baigne » dedans depuis qu'il est tout petit.

Ascension du Dôme de neige des Écrins
Bien chargés ! © Ferdinand Martinet
La montagne ça se mérite

C’est à Vallouise, porte d’entrée du Massif des Écrins que nous récupérons le matériel et prenons la température des locaux (au sens figuré seulement). Une fois la température prise (et celle de la carte bleue augmentée), nous filons vers le village d’Ailefroide. La veille, sur le site internet de la mairie, nous avons vu que la route qui mène à notre point de départ, le Pré de Madame Carle est fermée. Surprenant, vu le peu de neige…

Il est 14h. Il fait 25 degrés et le soleil brûle. Nous sommes chargés comme des mulets. Au programme de l’après-midi : 1600 mètres de dénivelé. Lorsque nous arrivons à hauteur du vieux refuge Cézanne (alt. 1877m), la perspective est splendide. Une grande vallée encaissée, traversée en deux par le torrent de Saint-Pierre, et recouverte de neige. Pas de traces de civilisation. Pas de poteaux électriques. Pas de remontées mécaniques. Bientôt plus de réseau. Le bonheur !

Cliffhanger

En ski de rando, l’itinéraire de montée ne correspond pas aux sentiers d’été. Le skieur de tête, trace à vue, en fonction de la pente et de ses mollets. Il faut pour cela savoir interpréter la carte topographique (échelle, distances, reliefs) ! Depuis le début, nous suivons une belle trace de ski mais la fonte de la neige par endroit pimente un peu la montée et nous butons très vite sur notre premier passage technique : une paroi rocheuse de 15 mètres en mode « Cliffhanger ».

La fonte de la neige pimente la montée
Improvisation © Ferdinand Martinet

Nous sommes partis depuis 3 heures quand enfin nous apercevons le refuge du Glacier Blanc (alt. 2542 m). En plein soleil, et dans de la soupe (neige lourde réchauffée et pleine d’eau), j’ai les bigorneaux qui collent au rocher et je souffre. Vianney a un bon quart d’heure d’avance sur moi. En voyant ma fatigue, les gardiens nous proposent de passer la nuit ici et de finir la montée demain matin. C’est l’option facile.

Nous choisissons l’option difficile et continuons notre montée pour atteindre le refuge des écrins (alt. 3170 m). C’est féerique: Le bleu des séracs, la profondeur des crevasses, l’absence de végétation et le blanc immaculé de la neige…

NI CHAUD, NI FROID

A 19H30, nous apercevons enfin le refuge, perché sur un rocher à 150 mètres au-dessus du plateau glaciaire. Il est un peu comme un bateau ancré au fond de la montagne. La plupart des refuges d’altitude ferment l’hiver et ne rouvrent qu’à la mi-avril. Ils sont ravitaillés par hélicoptère. Le confort de celui-ci est sommaire. Il n’y pas d’eau (ni-chaude, ni froide) et les toilettes sont à l’extérieur. Ça pique un peu à 3h du mat à 3000m !

Dôme de neige des Ecrins, refuge perché sur un rocher
Le refuge des Écrins © Ferdinand Martinet
« La blanquette est bonne. La banquette un peu moins ! » Vianney

Le lendemain matin, nous décidons d’aller faire le sommet voisin : Roche Faurio (alt. 3765 m). C’est une bonne course acclimatation avant le dôme. Pile en face, il permet d’admirer et analyser l’objectif du lendemain. J’ai de la peine à le croire, mais je suis de nouveau en grande forme ! Nous passons l’après-midi au refuge.

Roche Faurio, Ascension du Dôme de neige des Ecrins
En aaaa-aaaa-pesanteur... © Ferdinand Martinet
Ou tu sors, ou j’te sors

4h du matin. Le réveil sonne… « Ou tu sors, ou j’te sors ». Mon sac de couchage a gagné. C’est le grand jour.

Refuge, Dôme de neige des Ecrins
Au boulot ! © Ferdinand Martinet

Nous partons de nuit à la frontale, bien avant que les premières couleurs de l’aurore ne fassent leur apparition. C’est à couper le souffle. Il nous faut une heure pour traverser la mer de glace.

Aurore sur le Dôme de neige des Ecrins
Plus beau, tu meurs © Ferdinand Martinet

A cette saison, les crevasses sont encore bien recouvertes de 2 ou 3m de neige. On appelle cela des « ponts de neige ». Le risque principal c’est l’avalanche ou la chute de séracs. Plus on avancera vite, moins on s’exposera ! Sur les conseils du gardien, nous décidons de monter léger et laissons au pied du dôme, tout le matériel superflu…dont ma corde !

Bien nous en a pris. A mi-montée, un pont de neige cède sous Vianney. Le voilà en équilibriste, un ski dans le vide et l’autre en appui. Je lui tends mon piolet. Il se maintient de toute ses forces. Le moindre geste pourrait le faire chuter. Au bout de 5 longues minutes, il parvient à se hisser et se sortir, seul, de la crevasse. Nous sommes choqués mais déterminés à aller au bout. Un groupe venait pourtant de passer devant nous…

Ascension du Dôme de neige des Ecrins
Les fameux séracs © Ferdinand Martinet
« Si en te baignant tu as échappé au crocodile, prends garde au Léopard sur la berge. » Proverbe africain
les fesses qui font bravo

12H. Nous arrivons au pied du sommet. Il y a un mur de glace d’une dizaine de mètre à grimper pour accéder au dôme. Au sommet, les deux jeunes qui nous ont précédé, redescendent vers nous. Un des deux s’éloigne de l’arrête et disparaît d’un coup. Nous crions. Pas de réponse. Il n’était pas encordé. Son copain lui lance une corde et le sort rapidement. C’était une petite crevasse. Morale de l’histoire : Les deux mecs sont aussi balèzes dans le sang froid que dans la connerie ! Mais surtout un glacier commence toujours par une rimaye : crevasse supérieure ! Inutile de dire qu’à ce moment-là, j’ai les fesses qui font bravo.

Nous chaussons les crampons. Vianney s’élance. Je l’assure d’en bas puis le rejoins. Nous venons de franchir la barre des 4000 (4015m exactement).

Dôme de neige des Ecrins
Sur l'arrète finale © Ferdinand Martinet

Le temps se gâte et je ne résiste plus à l’appel de la poudreuse. La neige est légère et on fait décoller les spatules au beau milieu de tous ces séracs, avec un pied sur le frein, pour ne pas finir dans un trou. Il nous faut moins de 40 minutes pour rejoindre le refuge du glacier blanc. Le soleil brûle la peau et les yeux…La fin est interminable. On se demande comment on a pu monter tout cela le premier jour. Nous arrivons à la voiture vers 15h. Cela fait seulement 3 jours que nous sommes partis et j’ai l’impression de revenir de très loin…

Descente à ski du Dôme de neige des Ecrins
Coke à volonté ! © Ferdinand Martinet

B.A.Q - Bar Aux Questions

C’est où ?

Dôme de Neige des Écrins (4015m), dans le Parc National des Écrins à cheval entre l'Isère et les Hautes-Alpes.

Comment y aller ?

L’accès se fait depuis Briançon ou Gap puis l’Argentière la Bessée > Vallouise > Pelvoux > Ailefroide > Pré de Madame Carle. 

Quand y aller ?

Lorsque les refuges réouvrent au printemps, fin avril, début mai.

Ailefroide > Pré de Madame Carle, notez que la route D204T entre ces deux dernières étapes est fermée entre octobre et mai (à 15 jours près). Consultez le site de la mairie avant de partir.

Comment s’équiper ?

Pour la location du matériel, je vous recommande KING’S SPORT à Vallouise (N’oubliez pas ARVA, Pelle + sonde, crampons, couteaux, piolet, baudrier + corde)

Où se loger ?

Appelez les refuges pour réserver (Refuge du glacier blanc : +33 4 92 23 50 24 et Refuge des écrins : +33 4 92 23 46 66)

Suggestion d’itinéraire

Pour vous faire accompagner, contactez directement les guides des Ecrins.

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